Visite du Vignoble par Pierre Ghysens: Bourgogne 2008
En général
Visite éclair en Bourgogne en ce mois de janvier 2008 pour aller déguster la production de trois domaines dont les vins font régulièrement frémir vos papilles et parfois même augmenter votre rythme cardiaque…
L’an dernier, je vous annonçais pour le millésime 2006 une très belle réussite en blanc et des résultats assez hétérogènes pour les rouges. Ce que nous avons dégusté et les commentaires des vignerons rencontrés, confortent ce point de vue. Les conditions climatiques de 2006 ont été de « très bonnes » au nord à « correctes » en descendant vers le Mâconnais. Les rouges, plus sensibles à des rendements « confortables », ont plus que les blancs souffert de cette situation. Le travail à la vigne s’est donc une fois de plus avéré payant… sauf lorsque ça et là, la grêle s’en est mêlée.
Les blancs ont une bonne tenue générale, avec une acidité quasi équivalente aux 2005, mais une constitution à la fois plus subtile et assez riche en alcool. Ce sera à chacun de voir selon ses goûts. Dans cette très belle trilogie de blancs, 2004 semble avoir les vins les mieux équilibrés et les plus minéraux, 2005, très complet, sera indéniablement le millésime de garde, et 2006 un millésime de charme et de plaisir, à l’intersection des deux précédents.
Les rouges dotés d’une structure ferme (mais pas de tanins secs), ont le charme des pinots parfumés et fins lorsque les extractions ont été maitrisées, mais pèchent aussi parfois par manque de gras.
En 2007, le pessimisme de fin août s’est transformé en satisfaction générale grâce à un mois de septembre qui a amené les raisins à une maturité optimale, à condition de surveiller attentivement les départs de pourriture.
Ici ce sont plutôt les blancs qui ont été vite fragilisés et lorsque c’était possible, il a fallu vendanger rapidement car les chardonnays se dégradaient à vue d’œil. Les bons rouges devraient être gorgés de fruit avec des tanins faciles et gourmands. Cela risque de nous donner un vrai millésime de plaisir…
Domaine Geantet-Pansiot
C’est toujours un régal de constater que Vincent Geantet a compris l’essence même du pinot noir et qu’il s’applique à la restituer millésime après millésime.
Après un 2005 géant, le voici avec un 2006 qui est sans l’ombre d’un doute, une des plus belles réussites bourguignonnes de ce millésime.
Et un 2007 qui s’annonce triomphal…
Il n’y a rien à jeter dans les 2006. Le plus dur sera le choix :
Gevrey En Champs et Chambolle 1er cru Les Feusselottes sont mes préférés. Le premier pour la complexité inouïe des vieilles vignes de cette parcelle et pour son équilibre parfait, le second pour sa subtilité et sa délicatesse aérienne. Une caresse pour le palais…
Le Charmes-Chambertin et le Gevrey 1er cru Poissenot ont plus de corps et leur grandeur apparaîtra avec 2 ans de bouteille.
Les deux « Vieilles Vignes », Chambolle et Gevrey, sont bien typés de leur terroir et offriront une alternative plus que correcte aux précités.
Enfin, pour terminer ce superbe tir groupé, le Gevrey « Jeunes Rois » et le Marsannay sont des bombes de fruit qui sont pour moi à consommer dans les 3 ans pour leur gourmandise et leur accessibilité immédiate.
Plus que jamais à suivre, même si hélas de plus en plus d’amateurs sont au courant …
Domaine Leflaive

« Tout est bon chez elle, il n’ y a rien à jeter, sur l’île déserte il faut tout emporter »
Anne–Claude Leflaive et Pierre Morey ont encore frappé fort… Dans la lignée des 2004 et 2005, les 2006 se montrent élégantissimes, avec ce « toucher » de bouche tout en dentelle qui est la signature du domaine.
Le degré d’alcool légèrement supérieur à 2005 apporte gras et rondeur aux vins de début de gamme (Bourgogne et Puligny Villages) tandis qu’il porte et prolonge le fruit dans les grands crus (Chevalier et surtout Bâtard-Montrachet).
Dans les premiers crus, Clavoillons et Pucelles sont au top.
Un peu en retrait, le 1er cru Folatières et le Bienvenues-Bâtard les rejoindront sans aucun doute dans les prochains mois.
Nous n’avons pas dégusté les 2007 (en malo), mais le millésime a été sévèrement trié et les disponibilités seront moindres. C’est le prix de la qualité…
Domaine Vincent Dureuil-Janthial
A Rully, Vincent continue imperturbablement sa course en avant, peaufinant ça et là le moindre détail pour obtenir des vins éclatants de fruit et de pureté.
Les blancs 2006 de Vincent sont plus riches et plus accessibles que les 2005 car une touche de rondeur amenée par ½ point d’alcool en plus, leur confère une accessibilité que le millésime précédent ne possédait pas.
Maizières et Meix-Cadot Vieilles Vignes sortent du lot, tandis que Margotés et le Villages possèdent une expression plus directe.
En rouge, Le Clos du Chapitre, le Maizières, le Mercurey et le « simple » Bourgogne se partageront les faveurs des amateurs, même si les autres vins les talonnent de près.
On a en tout cas affaire à une homogénéité rare en Bourgogne dans ce millésime. Nous n’avons pas goûté les 2007 en pleine malo, mais Vincent en est très très fier et nous annonce le plus beau millésime jamais réalisé au domaine… Cela promet !
Pierre Ghysens janvier 2008
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