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Les nouvelles du vignoble de Pierre Ghysens Voyage en Bourgogne Octobre 2003 Les nouvelles contradictoires sur ce fameux millésime 2003 s'accumulant depuis septembre, nous étions impatients d'aller voir (et goûter bien sûr) comment s'étaient comportés les divers terroirs et cépages face à une sécheresse et une canicule jamais vues depuis des dizaines d'années. D'autre part, l'excitant millésime 2002, qui l'an dernier nous avait laisser entrevoir de fabuleuses promesses, avait-il gardé le cap pendant l'élevage? Le premier jour, nous traversions toute la Bourgogne, de Gevrey à Macon, en passant par la Côte Chalonnaise. Aux premières questions directement posées sur 2003, Vincent Geantet, sourire énigmatique aux coins des lèvres, nous invita d'abord à goûter les 2002, récemment mis en bouteille. CHOC ! Au fur et à mesure que s'égrenait le chapelet des perles du domaine (Marsannay, Chambolle, Gevrey, 1er Cru, Charmes) c'est notre sourire à nous qui s'élargissait! Dans tous les vins, les arômes chantaient, délicatement cerisés pur fruit ou kirschés, plus ou moins floraux et intenses dans les 1er et Grands Crus. La structure ciselée, élégante et portée par une belle acidité se mêlait harmonieusement à la persistance aromatique et à la chair d'un pinot noir poussé dans ses derniers retranchements. Un millésime qui ravira les amateurs de pinot par son ultra classicisme mais qui pourrait déconcerter quelques novices par la structure acide, pourtant remarquable, de sa matière. Descente au fond de la cave pour goûter 2003 , des vins pas tous "finis" encore. Vincent confirme l'atypicité du millésime : des degrés naturel élevés, peu d'acidité, des vendanges précoces pour protéger cette très faible acidité, réacification obligatoire mais au final, nous dit-il, un vin qui pourrait se révéler surprenant par son fruit emprisonné dans des tannins fermes mais pas secs. A la dégustation, il paraît évident que la structure est plus sudiste et que le millésime est chaleureux. Beaucoup plus facile d'accès que le 2002, il ravira ici ceux qui habituellement sont attirés par des vins plus puissants et capiteux. De toute évidence c'est un millésime qui plait aux palais bourguignons nostalgiques des vins d'antan "remontés" au Châteauneuf-du-Pape. Laissant derrière nous la Côte d'Or où nous reviendrons les jours suivants, nous faisons étape en Côte Chalonnaise pour vérifier les promesses entrevues l'an dernier. Vincent Dureuil, en plein dans les mises des 2002, nous reçoit dans une cave encombrée de tuyaux, de pompes, bref de tout le matériel nécessaire à la mise en bouteilles. Excité par la qualité qu'il pense superbe de ses 2003, il oublie presque de nous faire goûter les 2002! Mis en décembre, les blancs se révèlent frais, floraux, purs, légèrement durcis par la mise, mais que de promesses ! Les rouges 2002 se succèdent, du simple Passe-Tout-Grains aux Mercurey et Rully, dans une cascade d'arômes plus purs les uns que les autres, des fruits rouges aux fleurs sans négliger les touches minérales, bref une panoplie modèle qui pourrait servir de référence à la Bourgogne du Sud. Vincent nous emmène ensuite à la découverte de ses 2003. "Je pense avoir maîtrisé les difficultés du millésime" nous confie-t-il, "avoir évité les tannins durs et secs, avoir réussi à mettre en avant la chair et le fruit". "le secret, c'est le travail dans la vigne, un travail de tous les jours où rien ne doit être laissé au hasard, où chaque détail a son importance …". Impressionnant le Vincent, impressionnants ses 2003, tout en velours! Si les arômes se développent comme en 2002, cela pourrait nous valoir des vins d'anthologie dans la région. A suivre … De la Syrah à Givry? Chez François Lumpp, comme ailleurs, 2003 amène les commentaires les plus divers, les sentiments les p lus contradictoires. De la fierté à l'angoisse en passant par l'interrogation ? Comment ces vins vont-ils évoluer? Comme tous les vignerons, François Lumpp a été surpris par le contexte hors normes du millésime. Du choix délicat de la date des vendanges (attendre ou ne pas attendre, telle était la question …) à celui, non moins délicat, de la durée des fermentations, les interrogations se sont multipliées devant une situation que jamais personne n'avait connue. En finale, les vins sont d'excellente facture, allant de cuvées assez classiques à des cuvées beaucoup plus construites que d'habitude dont une où l'on aurait juré goûter de la syrah!!! Vous jugerez … Le domaine confirme en 2002 l'excellence des millésimes précédents : régularité, fiabilité et prix étudiés. Que vouloir de plus ? C'est assez tard que nous arrivons chez Jean Rijckaert. Nous quittons à regret la cuisine où de délicieux effluves chatouillent nos narines (Régine est aux fourneaux…) pour suivre Jean dans la cave goûter les 2003. Tout le monde sait que le millésime ne sera pas propice aux blancs en général, mais ici, si l'acidité est basse, la fraîcheur est au rendez-vous. Les vins seront "confortables" mais les terroirs les plus froids (Bissy notamment) ont tiré leur épingle du jeu. Idem pour le Jura où les Chardonnays sont bien équilibrés. Confiance au vinificateur. De plus quelques mois d'élevage ne pourront leur faire que du bien ! C'est à table que nous goûtons les 2002 récemment mis en bouteilles. Magnifique gamme d'où il est bien malaisé de mettre en exergue l'un ou l'autre vin. Une petite faiblesse pour les Macon-Bissy ou les Viré-Clessé. "En Thurissey" peut-être… Les Jura et Arbois 2001confirment leurs qualités de fraîcheur et de précision arômatique. Vous pourrez goûter tout cela lors de nos journées portes ouvertes fin mars 2004. Le lendemain, retour vers la Côte-de-Beaune et 1er arrêt chez Didier Larue à Saint-Aubin. Si vous étiez présents chez nous fin novembre, vous aurez sans doute déjà remarqué les Saint-Aubin blancs 2002, gras, suaves et équilibrés, en particulier un "Murgers Dents de Chiens" racé et riche. Les Puligny suivent le mouvement avec notamment le 1er cru "les garennes" puissant et minéral. Ici les 2003 blancs n'étaient pas finis et donc pas faciles à goûter car toujours saturés en gaz carbonique. En rouge, les Pinots ont été vendangés quasi en surmaturité, ce qui leur donne un air étonnamment sudiste. Colorés, puissants et chauds, on croirait goûter des grenaches ! L'élevage devrait leur rendre un équilibre plus bourguignon. Didier en tout cas est surpris … mais ravi ! A Chassagne, Jean-Marc Blain-Gagnard, toujours affable et souriant, se désole des petites quantités récoltées ces 2 dernières années. Enfin, dit-il "on ne peut pas se montrer trop malheureux par rapport à 2000 et 2001 où nous avions eu pluie et gel. En plus nous avons réussi à éviter, en rouge, le piège des tannins secs, alors c'est bien ! " La grande finesse caractéristique des vins du domaine est magnifiée par le millésime 2002, donnant des blancs purs et tranchants et des rouges fermes et soyeux. 2003 a donné beaucoup de volume aux blancs, confortables, et un gras inhabituel aux rouges, puissants. 18h : Jean-François Coche-Dury nous fait contempler le désastre quantitatif de l'année 2003. Spectacle désolant d'une cave à moitié vide, le millésime ayant été décimé successivement par la grêle et par la chaleur avec, au final, et selon les terroirs, 40 à … 70 % de perte. Nous imaginons sans peine le casse-tête auquel il devra faire face lorsqu'il aura à faire les allocations de chacun, lui qui dans un millésime normal doit déjà tout calculer à la bouteille près … On goûte avec recueillement et … parcimonie , nécessité fait loi ! Le style de Coche est déjà "imprimé" sur les vins. gras et boisés, ces 2003 feront de moins vieux os que d'habitude, au contraire des 2002 à la fois épanouis et fermes, où l'acidité et le bois se marient parfaitement. A la recherche depuis 2 ou 3 ans d'excellents vins de Meursault, nous avouons notre désarroi à Coche de ne pas réussir à trouver les vins que nous aimons. Aussitôt il nous oriente vers l'étoile montante, selon lui, du village : Patrick Javillier "en progrès constants depuis 2 ou 3 ans" nous confie-t-il. Aussitôt dit, aussitôt fait : le rendez-vous est pris pour le lendemain . Vers 10h du matin, frais et dispos, nous sommes là … et deux heures plus tard, tout est "plié". C'est bien le style que nous cherchions : des vins purs, précis, tendus, frais, sans esbrouffe. Patrick Javillier ne possède pas de 1er cru, mais ses villages valent largement des vins plus prestigieux. En prime, un superbe bourgogne blanc et un Corton-Charlemagne de derrière les fagots. A découvrir à partir d'avril. Notre périple se termine chez Alain Michelot et au domaine Rion. Chez Michelot, le style ne change pas d'un iota : les vins, toujours un peu rudes dans leur jeunesse, sont faits pour vieillir. 2002 et 2003 ne dérogent pas à la règle, si ce n'est que 2003 risque d'être "raide" car les tannins sont très costauds. Olivier Rion a bien réussi ses 2002. Plus de fruit que d'habitude et une très jolie acidité équilibrant le côté boisé de ses vins qui ne plait pas toujours à tout le monde. 2003 semble remarquable avec des vins actuellement éclatants. Si l'élevage se montre à la hauteur et ne sèche pas les vins, le domaine tient là un millésime de toute beauté. Pierre Ghysens |