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Les nouvelles du vignoble
de Pierre Ghysens
 
Voyage en Loire
Lundi 8/12/2003

En route pour notre 2ème périple, sous le déluge ! Première destination : le Sancerrois.  Les nouvelles qui nous sont parvenues sont inquiétantes : la Loire déborde, les ponts sont coupés entre Sancerre et Pouilly, l'hôtel que nous avons réservé a les pieds dans l'eau …
La première visite est pour Didier Dagueneau qui, par chance, est présent cette année.  Nous le retrouvons dans les vignes où il est occupé à tailler en compagnie de son associé de Jurançon car, c'est la première chose dont il nous entretient, il a acheté deux hectare à Jurançon.

Pendant que nous revenons à la cave pour déguster, la conversation s'égare sur le malaise qui plane sur le vignoble français, sur la consommation des moelleux, sur les équilibres sucre-alcool des vins allemands (c'est dans ce style qu'il voudrait orienter ses jurançons).

Dégustation attentive des 2003 :  sans avoir le tranchant des 2002, les vins se révèlent toutefois frais et gras, dans un style riche mais délicat.  Didier pense que le temps  leur rendra la rigidité qui leur manque actuellement. (il faut dire qu'ils n'ont que 2 mois…).  Commence alors une remontée dans le temps jusqu'au millésime 94.  "Je ne suis pas fier de mes 94 et 95", nous confie-t-il, "je pense être allé trop loin dans ma quête d'authenticité et il est évident que ces 2 millésimes se fanent rapidement parce que j'ai voulu éviter le souffre".

S'en suit alors un débat sur le "sans souffre" qui trouvera sa conclusion 3 jours plus tard chez François Chidaine.  Car apprenant notre visite  chez François Chidaine et Philippe Foreau, Didier annule aussitôt ses activités prévues ce jeudi et planifie la journée avec nous en Touraine.

Pour en revenir aux vins dégustés, il est évident que les 3 derniers (2002-2001-2000) sont un aboutissement au domaine : des vins droits, purs, précis.  Lorsqu'ils auront atteint le niveau de maturité des 96 ou 97, ce sera remarquable. Les plus anciens sont en effet aromatiquement intéressants, mais sans atteindre la plénitude et la précision des derniers millésimes.

Déjà en retard, nous mettons plus d'une heure à rejoindre Sancerre (qui est à 10 min) suite aux problèmes d'inondation évoqués plus haut.
Vincent nous attend et nous goûtons sans perdre de temps car il est tard déjà.  Les rouges 2003 sont plus gras que d'habitude, et les blancs confirment que le millésime a été … chaud.  Puissants, volumineux, ils seront pour le moins confortables ! Inhabituels en tout cas pour des Sancerre.       2002 confirme son équilibre avec surtout une cuvée"Nuance" en tous points remarquable.  Nous regoûtons quelques millésimes plus anciens en compagnie du fils aîné complètement impliqué dans le métier maintenant. Et nous passons une soirée bien agréable au petit caveau de Bué avec plein de pinards (la famille et les bouteilles …)

Horreur en rentrant à l'hôtel : le chauffage est en panne et cela caille ferme dans les chambres.  Tant pis, Michel met son bonnet et son cache-nez, son écharpe et ses chaussettes (j'ai oublié de prendre des photos!)

Philippe Vatan est très fier de ses 2003. "Du jamais vu", nous dit-il, "maturité parfaite (mais il ne fallait surtout pas se précipiter), de la couleur, du gras, de beaux tannins".  Effectivement, c'est du sérieux et le rouge est candidat pour le titre du plus beau bébé-Hureau.

Si l'élevage confirme les promesses entrevues, le vin devrait être gourmand et soyeux, comme on les aime.  En goûtant les blancs, nous sommes séduits par le 2001 qui nous paraît très réussi.  Beaucoup d'entre vous l'ont d'ailleurs apprécié lors de journées portes-ouvertes de mars 2004.

Les caves de Pierre Caslot au domaine de la Chevalerie sont toujours aussi impressionnantes … et aussi froides !  On commence par la cuverie avec un petit tour des 2003.  Tous ne sont pas "finis" et donc pas évidents à goûter.  Sur les cuves les plus avancées, un "Vieilles Vignes" nous plait particulièrement.  Pierre Caslot nous confie que ce  millésime lui fait penser à un millésime "que nous goûterons tout à l'heure".

Le pèlerinage annuel débute alors dans la cathédrale souterraine du domaine : nous surfons de millésime en millésime sur les terroirs des Galichets, des Busardières ou des Vieilles Vignes.  Infatigable, le Pierrot rebondit d'un coin de la cave à l'autre, de bouteille en magnum jusqu'à ce que nous demandions grâce, les pieds transis de froid et les papilles décimées  par les tannins.  C'est alors qu'il sort de son chapeau la bouteille magique, celle que nous  avions oubliée, celle qui, selon notre hôte, lui fait penser à 2003.  Le verdict est imparable : bouchonnée ! Pas de chance.  La deuxième est la bonne ! Un nez superbe : épices, humus, mousse, tabac, confiture de fraises, réglisse.  Une bouche délicate, pas très riche mais pleine, aux tannins encore affirmés. Il s'agit d'un Vieilles Vignes 1964 ! Edifiant …

Nous filons vers Tours, rapide passage à l'hôtel pour nous rafraîchir et nous nous précipitons (il est tard!) à "La Chope", restaurant spécialisé en huîtres et fruits de mer.

Si vous aimez les huîtres et que vous passez par là, n'hésitez pas ( Avenue de Grammont à Tours).

Le mercredi matin, sous la brume à couper au couteau, nous retrouvons Alain Delaunay et Michel Pinard au domaine Joguet.   Les conditions climatiques de 2003 étaient comme partout éprouvantes, mais quelle satisfaction pour Michel, le vinificateur, d'aligner une 4ème année consécutive sous le signe de la (grande) qualité retrouvée.  Hélas, comme le souligne Alain, le commercial, le contexte économique mondial actuel n'est pas de nature à favoriser la remontée des marches.  Il est sûr que de nombreux clients déçus par la qualité moyenne des vins des années 91 à 98 n'ont pas encore pris la mesure du renouveau qualitatif du domaine entamé en 99.  Et c'est bien dommage car les vins sont à nouveau au top, emmenés par une cuvée "Chêne vert" irréprochable depuis 2000 et exceptionnelle en 2002. (A ne pas manquer) La Dioterie, autre grande cuvée du domaine, se distingue en 2001 et 2003, tandis que les Varennes du Grand Clos, la cuvée la plus accessible, devient peu à peu l'archétype du Chinon que l'on voudrait voir partout : savoureux, soyeux, gourmand.

Même si "comparaison n'est pas raison", nous n'avons pas le choix puisque notre rendez-vous de l'après-midi nous emmène chez Philippe Alliet.  Philippe a prévu la 'totale" (tous ses vins jusqu'à 95).  Deux clients particuliers français qui venaient voir à tout hasard s'il y aurait quelqu'un au domaine en auront le choc de leur vie.  Non seulement ils sont invités à se joindre à nous mais en plus ils vont goûter 18 vins ! Avec le plaisir d'écouter Philippe commenter avec nous l'évolution de son travail à travers 9 millésimes. Le Coteau du Noiré, sur sol argilo-calcaire est toujours plus puissant, plus minéral, mais aussi plus compact.  La cuvée Vieilles Vignes sur sols de sables et de graviers a beaucoup évolué.  Sur les derniers millésimes, le vin est moins extrait, le soyeux de la structure s'affirme, la pureté aromatique également.  C'est un style que j'aime beaucoup.  Reste à affiner l'élevage en barriques, trop présent encore à notre avis.
Osons donc la comparaison de ces deux domaines de grande qualité.

Alors, comme on dit à la télé :
Si vous aimez les vins soyeux et travaillés, tapez "Alliet ".
Si vous aimez les vins fermes et fruités, tapez "Joguet ".

Jeudi : enfin il ne pleut plus! Nous devisons tranquillement avec François et son cousin Nicolas (qui s'occupe des vignes de Vouvray) en attendant l'arrivée de Didier Dagueneau.  Petit tour d'horizon sur 2003 et échange de vue sur l'avenir du vin dans le monde.  Nous sommes tous d'accord sur un point en tout cas : le vin est une boisson, à part peut-être, avec tout le contexte mediatico-artistique qui l'entoure, mais une boisson quand même.  Et à ce titre, le prix doit rester raisonnable, c'est à dire   qu'il est à moduler en fonction des régions, selon les conditions de culture, les rendements, la main d'œuvre, etc…

Arrivée de Didier et de son complice jurançonnais et début de la plongée dans le monde du Chenin.  Les dégustations en compagnie de plusieurs vignerons sont souvent assez " techniques " et il est parfois dur de ne pas oublier que notre dégustation à nous s'oriente plus vers des critères différents qui sont l'équilibre, la longueur, la pureté, les susceptibilités d'évolution, de garde éventuelle, etc… 

Nous terminons le tour de la cave à  Montlouis  par une comparaison en forme de question ! François en effet nous demande de déguster simultanément 2 barriques de Clos du Breuil 2003, nous demande laquelle nous préférons, et pourquoi.

Dans un silence inhabituel nous goûtons religieusement et le verdict tombe impitoyablement : 5 voix pour la 1ère barrique, 0 pour la seconde.  Opposition de structure (plus de précision pour la 1), de pureté, (manque de netteté dans la 2), d'extraction aromatique (plus de complexité dans la 1) et de longueur (plus pâteux, plus lourd dans la 2).

La 1ère barrique est vinifiée dans le style habituel de Chidaine, la seconde est vinifiée sans souffre.

"Je ne voulais pas en parler sans avoir essayé" dit François, " maintenant je peux , en connaissance de cause " ! 

Casse-croûte rapide où Didier nous régale d'anecdotes savoureuses, puis on remet le couvert à Vouvray, au Clos Baudouin.  Comme à Montlouis, il y aura peu de secs cette année.  Trop  d'alcool potentiel, il valait donc mieux s'orienter vers des "tendres" (terme qui supplante peu à peu le mal aimé "demi-sec" devenu péjoratif grâce à Rémy Pannier et son rosé d'Anjou qui était du Destop avant l'heure …)  Les nuances entre les deux terroirs s'affirment : plus de force, de puissance et de gras pour Vouvray, terroir argilo-calcaire. Féminité, élégance et dentelle mises en avant pour Montlouis, terroir argilo-silicieux sur calcaire.

Dès notre arrivée chez lui, Philippe Foreau annonce  la couleur : pour lui pas de sec en 2003.  Les raisins trop riches en sucre auraient donné trop d'alcool, ce qui est incompatible avec l'équilibre naturel des vins du domaine.  Donc : uniquement des tendres et des moelleux.  Avant d'aller goûter.

En cave, on fait un petit récapitulatif des millésimes précédents : les secs défilent : 2001: très équilibré, belle acidité; 2000 : fermé pour l'instant mais de très belles promesses; 1999 : toujours iodé, moins pur, à boire; 1998 : fermé mais très jeune, toujours sur son acidité, il faudra 2 ans encore pour que les arômes se développent; 1996 : grand grand millésime, fraîcheur, longueur, élégance; 1991 : surprenant par sa vivacité (style 1984); et puis surtout l'exceptionnel 2002 : un 96 XXL, un vin qui a tout, et vous seriez impardonnables de ne pas avoir quelques bouteilles en cave de ce nectar rare !

Les Perruches sont du même acabit pour les amateurs de "tendres"
En cave, beaucoup de promesse pour 2003, mais des vins difficiles à goûter car quasi-aucuns ne sont finis.  A revoir l'an prochain.
Dagueneau ayant convaincu Chidaine de reporter son départ au lendemain, la soirée avec l'intarissable Foreau s'annonçait  mémorable … elle le fut !

Et dans la foulée, on peut déjà vous annoncer les présences de Didier et de François pour nos journées portes ouvertes … 2005 .

P.G.


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