Nouvelles du vignoble par Pierre Ghysens
Rhône Nord, janvier 2008
La Bourgogne en entrée et le Rhône Nord en plat principal, voici un voyage copieux… en bonnes nouvelles !
Avec ses 2500 hectares plantés (dont 2000 pour les seules appellations Crozes-Hermitage et Saint-Joseph), la région la plus convoitée de France par les amateurs éclairés connaît un essor prodigieux. Les caves des vignerons emblématiques sont dévalisées en un temps record… lorsque tout n’est pas réservé déjà. Il faut dire que la conjugaison de la rareté des vins (10 à 12 millions de bouteilles par an, soit l’équivalent de la seule appellation Chateauneuf-du-Pape) et de la succession de millésimes prestigieux n’est pas faite pour arranger les choses.
Lorsqu’en plus vous saurez que les 2006 (très beau millésime classique) et 2007 (qui s’annonce ferme et élégant) sont à ranger dans la catégorie des « indispensables », vous n’aurez plus qu’à… partir en chasse.
Alain Graillot :
On pourrait le surnommer « le métronome » tant sa constance dans le respect du millésime est impressionnante.
2006 parfaitement typé syrah, élégance du tannin et matière dense, un peu à l’image du 2001.
2007 plein fruit, souple, immédiat, gouleyant, vin de casse-croûte pour reprendre une expression chère à Alain (qui n’est d’ailleurs généralement pas le dernier quand il s’agit d’en organiser un… J J J)
Etienne Pochon :
Toujours conforme à sa ligne de conduite, Etienne vinifie des vins de pays plaisants et fruités et des Crozes rouges faciles (domaine Pochon). Le château Curson 2005, enfin en bouteille, est une très belle réussite, avec un équilibre réussi entre la densité du millésime et un élevage un peu plus discret que d’habitude.
Ets P. Jaboulet Aîné :
Voilà un domaine qui ne cache pas ses ambitions depuis le rachat par les propriétaires du château La Lagune à Bordeaux. Dans l’expectative l’an dernier, nous avons été enchantés cette année par l’évolution du style de la maison qui s’oriente vers plus de rigueur et de définition des divers terroirs. Si le millésime 2005, vinifié par l’ancienne équipe et élevé par la nouvelle, est un très beau millésime classique, c’est le 2006 qui marque la nouvelle ère Jaboulet. Les vins dégustés sont de véritables friandises… de luxe… car il est évident que les prix des vins seront à la mesure des ambitions déclarées !!!
Franck Balthazar :
La belle réussite de 2007, dans un style plus aérien que les millésimes précédents, marque-t’elle un tournant dans la façon de vinifier du domaine ? Ou est ce l’effet millésime ? En tout cas 2007 tranche avec le style traditionnel pour évoluer vers un Cornas plus moderne, dense et gourmand. 2006 est très classique et reste dans la veine des années précédentes.
Bernard Faurie :
Il y a comme cela des domaines dont on ne parle presque jamais et qui pourtant, année après année, font le bonheur des amateurs éclairés. Bernard, qui hélas commence à parler de sa pension et de sa succession, est de ceux-là.
Des vins très classiques, qui vieillissent excessivement bien, et surtout sans esbroufe.
En 2006, j’ai préféré comme en 2005, l’assemblage Greffieux-Méal où le gras et la rondeur du terroir argilo-calcaire des Greffieux se combine à merveille avec l’élégance du terroir granitique et calcaire du Méal.
2007 est un millésime qui sied parfaitement au style puissant de Bernard et à l’élégance naturelle du Méal.
Domaine Villard :
Reconnu par ses pairs comme un des grands vinificateurs de viognier, François a réussi des Condrieu superbes en 2006, millésime puissant en blanc où la richesse se devait d’être compensée par une extraction et un élevage tout en finesse. Le viognier en 2007 semble manquer quelque peu de punch, mais étant donné que les vins n’étaient pas finis lorsque nous les avons dégustés, nous attendrons sagement quelques mois avant de nous prononcer définitivement.
Les rouges reviennent en force comme nous l’avions constaté depuis deux ans. Très bons mais… les prix restent dissuasifs.
Domaine Cuilleron :
Ici aussi du changement s’annonce au niveau des rouges. Yves, qui travaillait depuis de nombreuses années avec plusieurs tonneliers pour varier l’origine de ses barriques, a décidé de n’en garder que trois, abandonnant ceux qui proposaient des origines et des chauffes mettant en avant des arômes de « planche » dans les vins.
Il était temps… Par contre les vins de pays syrah et viognier-syrah élevés majoritairement en cuve profitent à merveille du fruité intense du millésime 2007. Des vins d’été, purs et tranchants, comme on les aime !
La roussanne et la marsanne ont bien mieux réussi que le viognier dans ce même millésime. Beaux St Jo blancs en perspective.
Domaine Vallet :
Voici le domaine qui progresse le plus depuis 3 ou 4 ans. Les vins s’épurent, se précisent, bénéficient d’un élevage soigné et plus précis, bref l’adresse est maintenant in-dis-pen-sable. A bon entendeur…
Certainement un des rouges 2007 parmi les plus réussis, avec un grain de tanin absolument magnifique.
Domaine Jamet :
Peu à peu, les frères Jamet s’imposent pour beaucoup d’amateurs comme « la » référence de la Côte Rôtie.
2005, 2006, 2007, une trilogie qui fera date dans l’histoire du Rhône septentrional.
Matière, puissance et structure ferme, 2005 est à encaver impérativement.
Densité, charme et classicisme, 2006 se dégustera bien jeune et est promis à un bel avenir.
Charnu, ferme, concentré et élégant, 2007 sera peut-être un des coups de maître du domaine.
Domaine Gaillard :
Chez Pierre Gaillard, 2006 est presqu’un clone de 2005… C’est vrai que les 2005 de Pierre figuraient dans les grandes réussites. Un Cornas fait son apparition dans la gamme, aussi charmeur que le Côte Rôtie.
Très régulier au plus haut niveau, le domaine est clairement installé au faîte de la hiérarchie avec le domaine Jamet.
Rhône Sud mars 2008
Le week-end avait été splendide avec des températures quasi estivales, et je me délectais déjà à l’idée de pouvoir profiter de ce beau soleil pour déguster dans des conditions idéales.
Raté… Le lundi, pluie jusqu’à Beaune, puis timide apparition du soleil, mais cela n’allait pas durer.
Toute la semaine, j’ai été « baigné » par un mistral violent et des températures beaucoup trop fraîches pour la saison, ce qui rendait les vins parfois difficiles à déguster.
Le sud de la vallée du Rhône connaît actuellement une superbe série de millésimes depuis 2004, soit 4 millésimes au plus haut niveau.
Les millésimes :
2004 ignoré des médias, comme d’habitude, puisque « coincé » entre les millésimes hyper-médiatisés que furent 2003 et 2005, est une année surprenante en ce sens qu’elle combine plusieurs qualités. En effet, richesse, sapidité, plaisir et finesse se retrouvent dans des vins gourmands à souhait. A boire dès maintenant et sur quelques années.
2005, tout le monde le sait, fut un millésime de sécheresse qui a donné des vins tanniques mais pleins de fruit, de gras et d’acidité. Ils se referment actuellement et il faut impérativement les encaver quelques années pour profiter au mieux de leurs qualités.
2006 est très proche, avec plus de charme immédiat et en même temps un certain classicisme rappelant le grand 2001. Il va bientôt apparaître à la vente et sera idéal à consommer dès le début ; Il se refermera toutefois, mais certainement moins longtemps que le 2005.
2007 enfin risque de surclasser ses prédécesseurs, du moins si l’on prend en compte les critères actuels de consommation : un fruit immense, des grenaches soyeux à souhait, un équilibre parfait et un plaisir qui s’annonce immédiat. Il faut dire que les conditions climatiques ont été totalement différentes du reste de la France avec … 2 petites pluies seulement de mai à octobre.
Les domaines visités :
Domaine de Trévallon :
C’est un Eloi Dürrbach souriant et décontracté qui me reçoit, très content de ses derniers millésimes. Eloi qualifie le 2007 d’exceptionnel et s’attache à me le démontrer en me proposant de goûter tour à tour la syrah, le cabernet et un pré-assemblage approximatif.
Et c’est vrai que le résultat est impressionnant, car si le vin de Trévallon n’est pas souvent aisé à goûter jeune, il révèle ici toutes les qualités des grands Trévallon, l’onctuosité en plus.
Bien ardu par contre de départager 2006 et 2005, deux millésimes bien structurés, classiques et de garde. Ce sera une question de goût personnel. Moi, j’ai un petit faible pour 2006 de par son raffinement.
Château de Nages / Domaine de Molines :
Michel Gassier et Philippe Cambie, œnologue du domaine, se sont entendus comme larrons en foire pour donner aux vins ce qui leur manquait dans les millésimes de 2000 à 2005 : de la sève et du plaisir immédiat. C’est évidemment la bonne recette pour des vins qui, mis à part les grandes cuvées, sont destinés à une consommation immédiate. Pari réussi avec des blancs encore plus frais et plus fins que d’habitude, des rosés affriolants, et des rouges souples, charmeurs et très gourmands. A noter : une véritable petite friandise réalisée avec un viognier « tendre » (40 g de résiduel) attachant en diable. Pour vos apéros et desserts estivaux, fête garantie…
Mas des Bressades :
Cyril Marès ne change pas une équipe qui gagne. Au contraire, il l’améliore en boisant un peu moins ses cuvées Excellence en rouge comme en blanc. Et les vins gagnent en digestibilité. Retour en force depuis 2005 de la cuvée cabernet-syrah, appelée par Parker « le Trévallon du pauvre »
Domaine de la Réméjeanne :
Après 2 ans de remise en question sur la façon de vinifier ses vins de façon un peu plus ambitieuse, Rémy Klein revient à des vins moins puissants et plus faciles. Le grand gagnant de cette remise en question est le Chèvrefeuilles qui redevient ce vin délicat que nous aimions tous, mais aussi le Genévriers 2006 qui est une bouteille magnifique, à conserver 3 ou 4 ans pour avoir dans votre cave une grande bouteille à petit prix.
Domaine Grand Veneur :
Sans faire de bruit ni d’esbroufe, le domaine produit des vins purs et classiques, bien typés de Châteauneuf, et toujours à des prix raisonnables. Splendides blancs (80% roussanne + grenache) et des rouges à mi-chemin entre modernité et classicisme, francs et nets.
Domaine des Goubert :
Jean-Pierre Cartier n’a pas évolué du tout depuis des années. Fidèle à ses principes, il produit des vins de garde, à boire à table car leur fermeté et le léger manque de fruit n’en font pas des vins de plaisir et consommation immédiate.
Domaine de la Janasse :
Christophe Sabon se gratte le crâne !!! A force de rechercher la maturité optimale dans ses vins, il en arrive à des taux d’alcool inquiétants, même si la belle matière soyeuse est là pour tout envelopper. Mais la consommation actuelle va dans le sens contraire, préférant des vins de consommation plus immédiate avec des équilibres plus « bas » dans la puissance.
Il n’empêche : pour les amateurs de vins de garde, les 2005 et 2006 sont dans la lignée des plus grands millésimes du domaine, et surtout, ne sous-estimez pas 2004 qui se goûte à merveille pour l’instant.
Domaine de l’Oratoire Saint-Martin :
Plus que jamais les frères Alary dominent de la tête et des épaules la production de Cairanne et des environs, même si de temps à autre un domaine vient les titiller, mais sans jamais atteindre à cette régularité au plus haut niveau. 2007 est ici réellement impressionnant, et c’est difficile de s’imaginer que l’on peut atteindre un tel niveau dans un terroir certes très intéressant mais pas transcendant. Comme j’aimerais les voir à Châteauneuf…
Château de Beaucastel :
Arrivée dans l’équipe du fils de François Perrin, Mathieu qui a l’enthousiasme communicatif.
A la fois bien les pieds sur terre et ambitieux, il a un punch d’enfer, ce qui permet à François de se concentrer uniquement sur la terre et les vins dans un chai entièrement remis à neuf. Les résultats ne se sont pas fait attendre : Beaucastel est de nouveau au sommet et il compte bien le faire savoir.
Très grands 2005, 2006 sur la lancée, et 2007 que je me réjouis déjà de regoûter bientôt tellement il m’a séduit. Les vins des domaines Perrin, petit négoce centré sur le fermage, produit des vins de plus en plus intéressants à surveiller de très près. Notamment le Gigondas, le Vinsobres et le Rasteau. A suivre…
Domaine des Amouriers :
Le domaine mené par les époux Gras qui travaillaient déjà avec le regretté Jocelyn Chudzikiewicz continue son petit bonhomme de chemin, attendant qu’un des fils de Jocelyn, actuellement en études œnologiques, revienne au domaine pour moderniser un peu l’outil de travail qui commence à être désuet. Les vins sont toujours bien structurés et se dégusteront plus volontiers à table que seuls.
Château d’Aqueria :
Toujours de superbes Tavel et le retour de magnifiques Lirac rouges et blancs. Ou comment passer du traditionalisme à la modernité sans perdre son âme…
Domaine de Fenouillet :

Toutes proportions gardées, c’est LA révélation du voyage.
Du Ventoux au muscat, en passant par les Beaumes rouges et la cuvée Yvon, les frères Soard sont à la croisée des chemins. Des vins d’une grande pureté, charmeurs, digestibles, frais, gourmands, n’en jetez plus, tout est superbe, 2006 comme 2007.
A (re)découvrir de toute urgence.
PG, mars 2008
|