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Les nouvelles du vignoble de Pierre Ghysens
Rhône Nord
Janvier 2007 :
Un voyage qui s’annonçait sous les meilleurs auspices puisque les millésimes 2005 et 2006 qui étaient à déguster étaient précédés d’une réputation pour le moins flatteuse !
Et de fait nous n’avons pas été déçus par la qualité d’ensemble de ces deux années chez nos vignerons habituels.
Le premier jour était consacré au Salon des vins d’Ampuis où l’on peut déguster la quasi totalité des vins de Côte-Rôtie et de Condrieu plus quelques St Joseph, Cornas ou Hermitage.
C’est une occasion intéressante de prendre la température des derniers millésimes et de l’état du marché. Avant de nous consacrer aux visites des divers domaines avec lesquels nous travaillons régulièrement, nous avons donc arpenté les différentes allées en nous arrêtant, parfois au hasard, afin de pouvoir comparer les divers styles et espérant toujours tomber sur « la » découverte. Hélas, de ce côté là notre attente ne fût pas comblée… Ce sont toujours les mêmes qui proposent des vins de caractère et de qualité. Vous les connaissez pour la plupart puisqu’on peut les rencontrer chez les bons importateurs belges. Citons en vrac Jamet, Gaillard, Gangloff, Ogier, Clusel, Jasmin, Stephan, Villard, Cuilleron, Montez, Niero, Burgaud et sorry si j’en ai oublié un ou l’autre.
Quant aux millésimes, s’il n’est pas évident de trouver de très bons 2004 ( j’ai goûté pas mal de rouges dilués), 2005 lui est bon à excellent avec un style construit, ferme, et des tanins puissants tandis que 2006 sera inégal mais les plus réussis feront date avec de l’élégance sur une matière harmonieuse et des tanins plus fins.
Mardi :
notre première visite est pour Philippe Belle à Larnage. Philippe est maintenant seul maître à bord depuis le départ à la retraite de son père Albert. Le processus de sélection des vins s’est quelque peu modifié puisque Philippe travaille maintenant en cascade, sélectionnant le meilleur des terroirs de Larnage pour la cuvée Louis Belle, le reste « descendant » en Pierrelles avec les cuvées les plus complètes du terroir de la plaine des Chassis. Ce qui n’a pas été retenu, est vendu en vrac. De plus il procède à des fermentations pré-fermentaires à froid pour extraire couleur et fraîcheur. Une nouvelle cuvée de Crozes a vu le jour en 2006 : « Rochepierre » lieu-dit planté de vieilles vignes sur une parcelle granitique de Larnage. Un vin intermédiaire entre Hermitage et Crozes, avec une structure assez minérale et ferme.
Les 2006 sont ici très impressionnants, avec une cuvée Belle vraiment splendide d’harmonie et d’une grande fraîcheur. Les blancs sont riches et puissants.
Les 2005 sont plus stricts avec beaucoup de fermeté. Grands Hermitages à la fois rouges et blancs avec une superbe astringence et un potentiel de garde impressionnant.
Attendez-vous à beaucoup de plaisir en 2004 avec un Crozes Pierrelles gourmand et immédiatement plaisant, une Cuvée plus « sérieuse » sans pour autant perdre sa suavité et un Hermitage en demi-corps qui me fait penser au très beau 1994.
Bernard Faurie est notre destination suivante. Ce spécialiste de l’Hermitage varie ses assemblages ou garde ses sélections parcellaires selon les millésimes. En 2005, 3 cuvées existent : un Bessards-Meal, un Meal-Geffieux et un Greffieux pur. Cette dernière cuvée m’a fortement impressionné de par la structure du millésime mais aussi et surtout par un charnu superbe grâce au terroir plus riche des Greffieux ( éboulis sur granit). Ce sera notre sélection en 2005.
En 2006, j’ai par contre préféré un assemblage Meal-Greffieux qui semble posséder plus de race et d’équilibre que les autres cuvées. Attendons un an d’élevage supplémentaire pour nous décider. Le Saint-Joseph rouge est très bien, mais le prix commence à être « sérieux ».
Nous terminons la journée chez Alain Graillot où 2005 est un très joli vin, tout à fait dans le style de la maison mais avec une fermeté inhabituelle. Les amateurs d’acidité vont se régaler avec cette syrah ma foi très bourguignonne….Le Saint-Joseph est comme à l’habitude un rien plus dur dans ses tanins. 2006 est ici dans une phase délicate comme à l’habitude à cette période de l’année, mais Alain n’a aucun doute sur son évolution, et on a plutôt tendance à le croire….
Mercredi
Nous débutons chez Etienne Pochon. Si les blancs ne nous enthousiasment pas, le premier rouge goûté, le vin de pays Egrèves 2005 (80% syrah et 20% merlot) est tout ce que l’on aime dans un vin de ce (petit) prix : un vin de soif, gourmand et friand. Les Crozes 2005 sont bien faits: le « domaine », non boisé et facile, le « château » aux tanins plus serrés avec un élevage plus démonstratif sur le bois, mais se fondant assez rapidement. Toujours régulier.
A Châteauneuf-sur-Isère, le nouvel œnologue de la Maison P. Jaboulet Aîné nous a préparé une dégustation complète des 2005. Il nous explique que le parc de barriques a été rajeuni, surtout pour les Hermitage, et que des vins comme Thalabert ou La Chapelle, toujours en cours d’élevage, ne sont pas à leur top actuellement. Les sélections ont été plus draconiennes que d’habitude avec une élimination systématique des cuvées qui ne méritent pas de se retrouver dans les flacons emblématiques de la Maison. Ainsi, il n’y aura que plus ou moins 30.000 bouteilles de Chapelle et 30.000 de Petite Chapelle alors qu’en millésime normal, il y avait plus ou moins 90.000 bouteilles produites au total de ces deux cuvées. La volonté de venir se frotter au gratin du vignoble français est évidente…. La dégustation révèle un Hermitage « Petite Chapelle » harmonieux, équilibré et élégant, à l’image d’un 2001 qui posséderait des tanins plus serrés. La Chapelle est pour l’instant beaucoup plus en retrait : tous les morceaux du puzzle sont là, mais il reste encore à les emboiter ! Idem pour le Crozes Thalabert. Le Crozes »Roure » se goûte lui, très bien de même qu’un superbe Cornas St-Pierre. Nous avons par contre moyennement apprécié une Côte-Rôtie plus boisée que les millésimes précédents : à revoir de toute évidence.
En 2006, nous n’avons pu goûter les vins, mais Jacques Desvernois, l’œnologue, nous annonce que les travaux de restauration du vignoble et les sélections sévères ont porté leur fruit. Nous verrons l’an prochain. Pour les prix par contre, motus et bouche cousue ! En blanc, St-Péray et Hermitage Stérimberg continuent leur progression.
Pas de temps à perdre, l’après-midi est chargée ! Tout d’abord à Cornas où Franck Balthazar continue sur la lancée des millésimes précédents. Toujours une matière soyeuse en 2005 comme en 2006, grâce à l’âge élevé des vignes, et surtout la « patte » de Franck qui oriente ses vins vers la finesse. Valeur sûre…
Au Domaine Clape, Pierre continue la progression entamée depuis quelques années. Après avoir réussi des millésimes 2002 et 2003 hors normes, un 2004 délicieux, voici encore deux millésimes à encaver sans hésitation. Tout est bon, du simple Côtes-du-Rhône aux grands Cornas, la réussite est encore totale. Ne cherchez pas plus loin le Domaine le plus régulier au plus haut niveau, c’est ici… ! Chapeau bas.
Il est tard déjà lorsque nous arrivons chez Pierre Gaillard. L’échantillon de 2005 goûté à la foire d’Ampuis nous avait mis l’eau à la bouche…, la suite ne nous a pas déçus. De plus en plus, Pierre affirme ses vinifications et élevages dans la mâche et la gourmandise, sans surextraction, sans sécheresse. Tout est bon, du vin de pays à la Côte-Rôtie Rose Pourpre en passant par les divers St-Joseph. Des vins denses mais sans excès en 2005 comme en 2006.
Après Seyssuel avec Yves Cuilleron et François Villard, il vinifie maintenant seul 1 hectare sur ce terroir, il a repris des vignes à Collioure, loue en fermage une parcelle de Cornas et investit en Minervois. Sans oublier la Bourgogne où le Maconnais le tente! Si on lui donnait l’occasion de défricher la parcelle au dessus du Montrachet, il foncerait sans hésiter. Où donc va-t-il s’arrêter ?
Jeudi : Pas de relâche pour le dernier jour, nous avons cinq Domaines à visiter.
Nous commençons donc tôt chez Yves Cuilleron qui est en réunion de chantier pour agrandir ses locaux de vinification et de stockage. Nous sommes donc reçus par le responsable de cave dans un semi-chantier. Les blancs 2006 en cuve réveillent nos papilles : tour à tour, nous nous délectons des marsanne, roussane ,et viognier en vin de pays avant de nous attaquer aux divers St-Joseph de pure marsanne (Bois Lombard, superbe !), de roussane (St-Pierre, moins expressif) ou encore d’assemblage ( Lyseras, bien équilibré).
Nous continuons avec une nouvelle cuvée de St-Peray avec un très beau fond mais une touche d’amertume, avant d’achever avec divers climats de Condrieu non encore assemblés mais très prometteurs. C’est reparti en rouge où je suis très impressionné par une cuvée appelée « Signé » 2006 composée à 85% de syrah et 15% de viognier absolument craquante de délicatesse fruitée. Les rouges 2006 comme 2005 restent dans la lignée de ce qu’aime Yves : de la puissance, un élevage marqué et une belle extraction. Pour les amateurs de gros biceps…
Gilbert et Brigitte Clusel continuent leur chemin, impertubablement, sans se soucier des modes. Une fois pour toutes, leurs vins sont à leur image : discrets et réservés. On aime ou on n’aime pas! Mais il faut leur reconnaître qu’ils « collent » au terroir plus qu’au cépage et que l’élevage leur donne une austérité certaine. Je n’oserais pas dire « à l’ancienne » car on est loin des approximations des Côte-Rôtie des années 70 et 80, mais ici on ne veut pas l’embellir, le vin. Il est comme il est. Telle est leur définition d'une vraie Côte-Rôtie.
Et nous voici chez le « chien fou » du Rhône Nord …Si on veut le faire taire, il faut lui enlever les piles !!! François Villard puisque c’est de lui qu’il s’agit, est donc monté sur ressorts. On dirait qu’il tient absolument à nous faire avaler des dizaines d’infos en même temps, et quelque part, c’est passionnant. D’autant que François ne fait pas et ne dit pas n’importe quoi. Si les blancs qu’il nous dissèque barrique par barrique sont chaque année plus réussis, la grande révolution, il nous la garde pour les rouges. Stupéfaction de notre part en dégustant et sourire rayonnant sur le visage de François. Il est passé en deux ans de l’extraction surboisée à la délicatesse en devenir. Mais pourquoi, comment, lui demandons nous ? La réponse fuse sans aucune hésitation :« Je me suis rendu compte que je n’aimais pas du tout les vins de ceux qui travaillaient comme moi au vieillissement, et donc par voie de conséquence, mes vins non plus ! » La messe est dite : merci François et on se réjouit de goûter tes 2006 en bouteilles.
La dégustation annuelle au Domaine Jamet est toujours un événement attendu. Comme pour les marathons, l’entraînement est indispensable. En effet, en 2005 comme en 2006, toutes les cuvées nous sont proposées et nous pouvons ainsi percevoir les différences des divers terroirs de la Côte-Rôtie, même si toutes ces cuvées seront finalement assemblées. Il semble évident que 2005 est comme partout un millésime charpenté et puissant qui, ici, possède pas mal de similitudes avec le 1995, avec plus de chair et de fraîcheur.
Du plaisir en perspective !
Nous entamons le sprint final chez Anthony et Louis Vallet à Serrières. Régularité est ici le leitmotiv. Un travail d’orfèvre pour les vinifications des parcelles les moins bien exposées, et des « Rouasses » qui feront date dans les deux millésimes. Le Domaine s’affirme aussi dans les St-Joseph blancs qui prennent du gras et de l’ampleur au fil des ans. Un domaine qui confirme tous les espoirs que nous avions placés en lui il y a 15 ans déjà.
Fin d’une semaine riche en enseignements et avec ce plaisir toujours renouvelé de retrouver des vignerons qui, au fil des ans, sont devenus bien plus que de simples fournisseurs….
Quant à nous, nous nous retrouverons pour les commentaires sur le Rhône Sud dans un mois.
PG, janvier 2007
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