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Rhône Sud :
Février 2005
Les voyages
succèdent aux voyages. Après la Loire,
voici le Rhône que nous allons, comme chaque année, visiter en deux fois, début
et fin février.
Domaine
de la Réméjeanne:
Après avoir
passé la soirée du dimanche avec Rémy chez un ami commun (François
Chamboissier, ex Delas, ex Comtes Cathares), nous le retrouvons ce matin pour
goûter les 2004.
Les blancs
2004 sont délicieux. En cuve, un
assemblage de Viognier, Roussane, Clairette, Ugni, Bourboulenc et Marsanne qui
donnera "les Arbousiers". Friand et très savoureux, ce vin est un
superbe exemple de ce que seront les meilleurs blancs du Rhône en 2004.
Alcool et
fraîcheur réunis dans une harmonie rare.
En barrique les divers éléments des "Eglantiers" blancs,
Viognier-Roussane d'une part, clairette, d'autre part semblent très
intéressants aussi, mais forcément doivent encore assimiler leur bois.
Les rouges
confirment ce qui nous avait été dit déjà! 2004 sera l'année du grenache.
Chèvrefeuilles et Arbousiers plein fruit et Genévriers d'une densité rarement
rencontrée.
Domaine
Traslepuy:
Frédéric
Zobel nous a préparé divers assemblages qui ne nous satisfont pas entièrement.
On en essaie d'autres, et l'assemblage le plus convaincant dans le style que
nous aimons (finesse, équilibre, fruit, mâche, harmonie) se compose de 5%
syrah, 20% cinsault et 75% grenache.
C'est celui que vous retrouverez dans les bouteilles. Le Lirac, principalement grenache et vieux
carignan, est plus structuré et plus tannique.
Château de
Beaucastel :
Le début
d'après-midi est consacré à un de nos domaines préférés : Beaucastel. Depuis le départ de Mike, bras droit des
frères Perrin, c'est le fils de Jean-Pierre qui a repris le marché Belge, et
c'est donc à lui qu'incombe la (lourde) tâche de recevoir quatre belges qui
connaissent Beauchastel … mieux que lui ! Comme chaque année, on goûte les
divers cépages avant les assemblages.
Les blancs ici aussi sont enchanteurs. Le picpoul est épicé, floral et gras. La
marsanne (qui va dans le Coudoulet blanc) est pleine de fraîcheur, avec des
arômes de citron vert. La clairette,
plus acide que d'habitude tend vers les groseilles vertes, le grenache vers la poire.
Les roussane enfin sont magnifiques, avec du volume,
du gras et, sur les vieilles vignes, une longueur infinie!
Les rouges
sont plus contrastés avec un grenache et un cinsault austères et élégants et
une counoise épicée comme à l'habitude.
Terret et syrah ne seront pas les réussites de l'année (vins un peu
courts et manquant de finesse). Le mourvèdre
est raide, mais la structure est fraîche et la longueur est là.
L'assemblage
approximatif est mieux que la somme des composants. Une belle réussite, comme à
l'accoutumée, mais un vin qui devra impérativement vieillir et qui passera par
des phases ingrates. 2003 est puissant
et tannique, hypothétique mélange de 83 pour les tannins et de 2000 pour la richesse. Impatients s'abstenir !
Gourt de
Mautens :
Nous
finissons la journée chez Jérôme Bressy.
L'homme qui change ses vinifs et élevages chaque année, toujours
curieux, toujours fougueux, toujours profondément sincère dans ses choix !
Longue discussion sur l'orientation des vins en France. Jérôme peste : "tout est fait, dit-il,
pour décourager les artisans. Les lois
sont faites pour les "gros faiseurs" et les croche-pieds sont
tellement nombreux qu'il faut une sacrée passion pour continuer à essayer de
faire du "vrai" vin. "
On regoute
2002 que, personnellement, j'aime beaucoup.
Le millésime convient bien aux terroirs puissants, donnant aux tannins un
grain et une patine "en dentelles".
Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes…
On se
penche ensuite sur 2004. La nouveauté
cette année, c'est l'élevage. Finis les
fûts, on garde les demi-muids et on revient aux foudres et aux cuves, de façon
à combiner le fruit et l'étoffe (cuves) avec la fraîcheur et la longueur
(foudres et demi-muids. A revoir dans un an, mais cela nous semble intéressant
comme optique.
2003 est
tannique et réglissé, très puissant, comme entrevu l'an dernier.
Domaine de Trevallon :
C'est un
Eloi Dürrbach relativement dépité que nous rencontrons ce matin : les ventes
sont difficiles … Notre qualité de "plus
vieux client belge" (20 millésimes que nous travaillons ensemble…)
permet au moins la franchise : les vins du domaine sont d'une qualité
remarquable, d'accord, mais les prix ne sont-ils pas surévalués? Non en fonction de la qualité, oui en
fonction du contexte économique…! Que faire? Vendre en primeur pardi ! D'où l'offre que
vous avez reçue. Et les vins me
direz-vous? La série remarquable se
poursuit, puisque2002 n'a, ici, pas été vendangée. 2004 propose un cabernet très goûteux et une
syrah qui a bénéficié, c'est évident, du micro-climat frais du domaine. 2003 est une réussite totale, alliant la tannicité
du cabernet à une remarquable syrah toute en fruit. Un millésime qui me fait un peu penser au
1989. On regoute 2001 et 2000, et il est
bien difficile de les départager tant les qualités de l'un et de l'autre sont
évidentes. Ce sera une affaire de goût,
2000 sur la richesse et la rondeur, 2001 sur la trame d'une suavité
remarquable.
Domaine de
la Janasse :
Impressionnant
Chistophe Sabon ! Sans faire de bruit, il est en train de hisser le domaine au
top de Châteauneuf, année après année.
Après des 2002 qui sont sans doute parmi les meilleurs du Rhône Sud,
Christophe évite en 2003 tous les pièges de tannins secs, d'arômes confiturés
et d'alcool brûlant, pour nous proposer des vins francs et purs malgré
l'inévitable puissance. Chaupins surtout
nous surprend par ses arômes de fruits secs (amande), de réglisse et sa
longueur impressionnante. Le Vieilles
Vignes est extrêmement riche, avec une touche de sucrosité sur la finale.
Le villages est également très réussi. Une véritable corbeille de fruits noirs ! (
Mûres, myrtilles, cassis) .
En 2004,
tout est bon, avec un tendresse toute particulière pour un
"Garrigues" de vieux grenaches qui n'ont jamais si bien donné. Magnums en vue …
Clos du
Caillou :
Pour ses
deux premiers millésimes au domaine, Bruno Gaspard, le vinificateur, n'a pas été
gâté. Prendre "contact" avec
un terroir sur des années comme 2002 et
2003 n'a rien d'une sinécure, et on le sent bien … sur 2004 ou Bruno a mieux posé ses jalons,
fort des expériences précédentes.
Les 2003
sont typiques du millésime, puissants, volumineux, riches. Les Côtes-du-Rhône ressemblent à des
Châteauneuf, surtout le Bouquet des Garrigues.
Dans les
2004, notons un Côtes-du-Rhône Réserve issu de vieilles vignes de grenache
(80%) et de mourvèdre (20%) qui est une véritable bombe à retardement !
P.G.
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