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Les nouvelles du vignoble de Pierre Ghysens On the Rhône again... (1e partie)
Les mois de février et mars sont traditionnellement réservés à nos voyages dans le Sud de la France. 2004 ne faillira pas à cette tradition, d'autant que VINISUD à Montpellier nous permet de voir beaucoup de nos fournisseurs du Roussillon et du Sud-Ouest sans avaler trop de kilomètres. Deux millésimes fondamentalement différents étaient au programme de nos dégustations: 2002 et 2003. Février 2004 Départ tôt le mercredi matin après une dégustation le mardi soir, cela commence bien! D'autant que deux rendez-vous sont pris pour la fin de l'après-midi, chez Jamet et Clusel. Quand on sait qu'une dégustation avec Jean-Paul Jamet s'assimile à un marathon, mieux vaut être "fit and well". On s'autorise donc une petite sieste à tour de rôle dans la voiture et l'on débarque à 16h30 en Côte Rôtie. Malgré plus de 15 années de visites dans ce vignoble, le regard ne peut se détacher de ces coteaux suspendus au dessus du fleuve que nous traversons en silence avant de rejoindre le domaine Jamet situé tout en haut de la côte Brune. Les 2003 dégustés se montrent assez puissants, généreux bien sûr, mais la fraîcheur est au rendez-vous. Attendons l'élevage avant de nous prononcer, car les matières sont telles qu'il n'est pas évident d'imaginer l'évolution aromatique de ce millésime. Le 2002, beaucoup plus classique, nous surprend très agréablement. Épicé et goûteux, il est très réussi avec un côté tranchant et précis qui plaira aux amateurs de syrah. Le néophyte aura lui besoin que le vin repose 4 à 5 ans en bouteille pour en apprécier les composants aromatiques alors apaisés. Il fait nuit noire lorsque nous arrivons chez Gilbert Clusel où les assemblages sont déjà faits étant donné les faibles récoltes de ces deux millésimes. L'orientation culturale donnée aux vignes par Brigitte et Gilbert depuis quelques années imprime maintenant aux vins un style très différent de la plupart des autres domaines de l'appellation. Les vins, à l'instar des vins de Bernard Faurie sur l'Hermitage, ont une structure plus ferme et le côté aromatique s'est dépouillé, laissant transparaître un classicisme certain, moins marqué "syrah exubérante" en vin jeune. L'évolution se ralentit et l'on s'achemine de plus en plus vers des vins de garde. Les 2002 possèdent une finesse indéniable. Ils sont francs, fermes, sans dureté, mais aussi sans concession. A l'image du millésime (ce que revendiquent les Clusel), ils n'ont évidemment pas la complexité ni la suavité des millésimes précédents. Les 2003 regagnent en gras et en profondeur, sur un spectre aromatique plus large, ce qui devrait leur donner un remarquable équilibre. Au programme de ce jeudi matin: Cornas. Chez René Balthazar, c'est Franck, le fils, qui a maintenant repris les rênes du domaine. Sans renier le style de son père, il a cependant (et cela se goûte dans les 2002 et 2003) apporté une touche de modernité dans l'approche du vin qui se traduit par une trame plus fine, plus ciselée. Cela donne aux vieilles vignes du domaine une élégance qui leur sied à ravir. Nous sommes enchantés par les deux millésimes… et soulagés de savoir que le domaine ne disparaîtra pas, bien au contraire, puisque Franck a acheté 0,5 ha de vignes au légendaire Noël Verset. Fin de matinée, nous sommes chez le "pape" de l'appellation. Auguste et Pierre Clape sont très satisfaits des deux derniers millésimes. Il est vrai qu'ils ont acquis une telle maîtrise que chez eux le millésime semble avoir de moins en moins d'importance! C'est surprenant mais tellement vrai… Le Côtes du Rhône 2003 est délicieux: délicat et plein de fraîcheur, il fera la nique à bien des vins plus huppés. Les diverses cuvées de Cornas s'étagent des plus jeunes vignes aux plus âgées. Ces lots sont vinifiés et élevés séparément pendant 18 mois avant assemblage définitif. Cela nous donne le plaisir de constater l'évolution de ces différents vins sur deux ans. La cuvée de jeunes vignes est riche et assez confiturée, les jeunes vignes du lieu-dit "Reynards" possèdent une belle structure, les vignes de 30 ans à mi-coteau explosent de fruit et les vieilles vignes sur "Reynards" ont un équilibre fruit-tannins-acidité quasi parfait. L'assemblage devrait donner un 2003 puissant et tannique mais avec de l'élégance. Les 2002 surprennent par leur fermeté et leur fraîcheur. Les sensations florales dominent nettement, et le côté "tranchant" du vin pourra en déconcerter quelques-uns (conséquence du manque de gras du millésime). Un vin pour puristes. Pierre Clape nous emmène, tiens donc, au Chaudron où Marco, fidèle à lui-même, virevolte parmi ses bouteilles (beaucoup de vins au verre) partageant avec sa clientèle le plaisir des découvertes récentes. Toujours une bonne adresse où les vins sont bons et pas chers! Resto "Le Chaudron" à Tournon (04 75 08 17 90). L'après-midi est déjà bien avancé quand nous arrivons chez Gilles Robin. Les 2003, récemment sulfités, sont difficiles à goûter. Et nous reportons donc notre attention sur les 2002 où Gilles s'en est bien sorti avec la cuvée Albéric Bouvet, pleine de fraîcheur et d'une chair étonnante. Nous repasserons goûter les 2003 plus tard. Bernard Faurie est décidément surprenant. Sans avoir l'air d'y toucher, il continue, millésime après millésime, à affiner sa vinification sans renier le classicisme de son style. On sait que les années difficiles donnent souvent des vins d'anthologie chez lui. C'est le cas avec l'Hermitage rouge 2002 qui s'impose comme un incontournable du millésime (avec le Cornas de Balthazar). Petite remontée dans le temps pour déguster avec Bernard deux Hermitage 1991, un rouge et un blanc. Aucun des deux n'a pris une ride et nous conforte dans le sentiment que sur le terroir de l'Hermitage, déjà propice au vieillissement, ses vins sont, avec ceux de Jaboulet, ceux qui profitent le plus d'un long séjour en cave. Qu'on se le dise! Vendredi, nous partons tôt le matin car Bruno Gaspard nous attend à 9 h au Clos du Caillou et il y a 100 km à faire. Comme partout dans le Sud, il n'y aura pas de cuvée spéciale en 2002. Un seul Châteauneuf et deux Côtes du Rhône, c'est tout… et c'est très bien ainsi car l'incorporation des meilleurs raisins généralement conservés pour les cuvées haut de gamme relève et pimente l'assemblage. Les saveurs et le "toucher" habituels du domaine sont ainsi respectés, et c'est l'élégance du fruit qui compense le côté froid du millésime. 2003: c'est "chaud devant"! Beaucoup de volume, de puissance et d'alcool. cela s'annonce bien pour les amateurs de ce style de vin, mais il faut espérer que l'élevage apaise un peu cette puissance. A Beaucastel, le côté "alcool" sera comme d'habitude moins marqué grâce à l'apport de cépages naturellement moins chauds tels le cinsault (superbe, rond et frais), la counoise (très épicée) et le mourvèdre (tannins fermes et belle acidité). Le grenache, séveux, est cette année un rien plus sévère (tannins marqués par la sécheresse de l'année) et la syrah, comme d'habitude, est lourde dans les millésimes très chauds; il y en aura très peu dans l'assemblage final du 2003. La décision de ne pas faire de Beaucastel en 2002 était judicieuse vu le prix élevé de ce Châteauneuf. Par contre, c'est un délicieux Coudoulet qui en profitera… Les blancs 2003 sont à l'image du millésime: chauds et puissants. Les 2001 regoûtés derrière sont toujours aussi bons. Une grande année vraiment. Dans la gamme des "des Domaines Perrin", un éclatant Vinsobres vieilles vignes 2001 sortait d'un très bel ensemble de vins de diverses appellations sudistes toujours superbement vinifiés. Harmonie, fruit et pureté sont les constantes du style Perrin. Au domaine de la Janasse, Christophe Sabon s'affirme de plus en plus comme un des leaders de l'appellation. Malgré l'encépagement très grenache du domaine, la finesse se retrouve au rendez-vous chaque année. Le Châteauneuf 2002 (cuvée unique) est peut-être LA réussite du millésime pour cette appellation. Le vin de pays de la même année est remarquable. Les 2003 sont, comme partout, très puissants; il leur faudra absolument de l'élevage pour se civiliser, mais Christophe déçoit rarement sur ce point. Vincent Avril a déjà assemblé ses 2003. Étonnamment ouverts et goûteux, ils nous font forte impression. Remarquable équilibre et grande suavité, la seule chose qui peut nous effrayer, ce sont les petites quantités produites qui risquent d'induire un prix inversement proportionnel. Les 2002 sont bien réussis, très épicés mais sans amertume. Des vins plaisants qui ne craindront pas 4 à 5 années de garde, même si ce n'est, de toute évidence, pas le but recherché. A suivre… PG 11/2004
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